Amenra : The Pain of Being Alive EN/FR

EN
Concerts are always like a different world that rises out of the moment. But rarely have I seen a crowd flock to seek out such a world as eagerly as I have seen the fans of Amenra. As I enter the beauty that is Le Trianon, a star in its own right with its ornamented stucco ceiling and regal balconies, the contrast with the amount of black Amenra-shirt-wearing fans in the first row from the stage strikes me. I love this type of contrasts. It proves that metal can exist truly anywhere and everywhere. Some believe it is bad luck to wear a band’s shirt to their own show, but really, what band is luckier than those having an armada of people in front of them carrying their support on full display. Being too “cool” to show your love isn’t any better than gatekeeping (and it’s often the same people who are in the bad habit of both). These people here are doing it right!

FR
Chaque concert fait naître un univers à part, un monde éphémère qui prend vie le temps d’une soirée. Mais rarement ai-je vu un public aussi impatient de s’y plonger que celui d’Amenra. En pénétrant dans le magnifique Trianon, véritable œuvre d’art à lui seul avec ses plafonds ornés de moulures et ses balcons majestueux, je suis immédiatement frappée par le contraste avec cette marée de fans vêtus de noir, arborant fièrement leurs t-shirts Amenra au premier rang. Et ce genre de contraste, j’adore. C’est la preuve que le metal peut trouver sa place absolument partout, même là où on ne l’attend pas. Certains prétendent que porter le t-shirt d’un groupe à son propre concert porte malheur. Mais franchement, quel groupe pourrait rêver mieux qu’une armée de fans affichant aussi fièrement son soutien juste devant la scène ? À vouloir jouer les blasés pour avoir l’air cool, on ne vaut finalement pas mieux que ceux qui s’amusent à décider qui est un « vrai » fan et qui ne l’est pas. D’ailleurs, ce sont souvent les mêmes ! Ici, au moins, les gens ont tout compris : quand on aime un groupe, on l’assume, et on le montre !

EN
First up is US artist Josephine Olivia and her dark Folk/Americana with just the right touch of electro and low frequencies that are buzzing and booming, making my body feel pleasantly grounded and sweeping my mind off its feet.

Her music comes with lyrical depth and tasteful layers, the polyphonic phantom chants of the song “Reject” (of her “EP1” released in August) are going to haunt me way past this 30-minute set.

Apart from her guitar, the musician works with a drum computer and samples, but that isn’t a source of annoyance to the versed and demanding metal audience.

Quite the opposite: it’s palpable that people came here tonight to get sucked out of their daily lives and into a different kind of darkness, to get lost and then found. Josephine Olivia’s music offers just the place for that. Her songs seem to be full of ghosts from the past but seduce with calls from unknown spiritual places.

Melancholy is such a strangely beautiful and dignified state to be in, isn’t it? Her voice is warm and possesses the kind of ‘soul’ that transcends dimensional walls as well as music genres. Even though she rarely leaves her vocal comfort zone in this live setting, I bet she can sing anything! That being said, she doesn’t need to do a lot of vocal acrobatics to create presence, like a Chelsea Wolfe does.

And she knows that good music needs the right visual presentation, so here, I briefly need to talk about something I normally wouldn’t even mention: Proving a sense of style and what suits her, her black lace outfit makes me want to hit the next gothic store.

She’s dressed for the occasion without it looking like a bad Halloween costume, and that is NOT a line many artists with a similar style manage to walk this gracefully. It fits and underlines her confident performance and charisma! Her movements hypnotise all eyes laid on her, then she breaks out into a witches’ dance, screaming out grief and everything that feels too much in life. The audience audibly relates, honouring her set with cheers and loud applause.

FR
La première à entrer en scène est l’Américaine Josephine Olivia, avec sa folk/americana sombre, subtilement teintée d’électro et de basses fréquences qui grondent et vibrent jusque dans le corps. Une sensation presque physique, étrangement apaisante, tandis que mon esprit, lui, se laisse complètement emporter. Sa musique se distingue par la profondeur de ses textes et la richesse de ses arrangements. Les chants fantomatiques à plusieurs voix de « Reject », extrait de son « EP1 » sorti en août, risquent bien de continuer à me hanter longtemps après ces trente minutes de concert.

Armée de sa guitare, d’une boîte à rythmes et de samples, la musicienne aurait pu dérouter un public metal pourtant habitué à être exigeant. Mais c’est tout le contraire qui se produit. On sent que les spectateurs sont venus ce soir pour s’arracher à leur quotidien et plonger dans une obscurité différente, pour s’y perdre et, peut-être, s’y retrouver. Et la musique de Josephine Olivia leur offre précisément ce refuge. Ses compositions semblent peuplées de fantômes du passé, tout en nous attirant vers des territoires spirituels inconnus. La mélancolie possède décidément une beauté étrange, presque noble, vous ne trouvez pas ?

Sa voix, chaleureuse et profondément habitée, possède ce supplément d’âme capable de traverser les frontières, qu’elles soient musicales ou presque surnaturelles. Même si elle s’aventure assez peu hors de sa zone de confort vocal sur scène, je serais prête à parier qu’elle pourrait chanter à peu près n’importe quoi ! Et puis, à l’image d’une Chelsea Wolfe, elle n’a absolument pas besoin de multiplier les prouesses vocales pour imposer sa présence.

La musicienne a également parfaitement compris qu’une bonne performance passe aussi par une esthétique soignée. Et pour une fois, je vais m’attarder sur un détail dont je parle rarement : sa tenue. Avec son ensemble en dentelle noire, elle me donnerait presque envie de courir dévaliser la première boutique gothique venue ! Elle est parfaitement dans le thème, sans jamais tomber dans le déguisement d’Halloween de mauvais goût. Et croyez-moi, tous les artistes évoluant dans cet univers ne réussissent pas cet exercice avec autant d’élégance. Son allure accompagne naturellement son charisme et l’assurance qui se dégage de sa prestation.

Ses mouvements hypnotisent les regards, jusqu’au moment où elle se lance dans une véritable danse de sorcière, laissant éclater des cris chargés de chagrin et de toutes ces émotions qui, parfois, deviennent trop lourdes à porter. Et visiblement, le public s’y reconnaît. Les acclamations fusent, les applaudissements retentissent : Josephine Olivia vient de conquérir la salle, et elle n’a pas eu besoin de hausser le ton pendant trente minutes pour y parvenir.

EN
Amenra raise the suspense in being a teeny bit late. When delicate choirs and dissonant strings creep through the inches between people in this room packed to the brim, conversations gradually fall silent. The atmosphere is shifting: The Trianon transforms into a church and there is a cold moving over us as slowly as a glacier.Then the outburst: Light, sound, energy. Amenra grab your mind and throw it to the wall. As far as my eyes can see, the entire audience moves literally and immediately on the same wavelength as the band, nodding and bowing in massive movements in unity with the musicians, succumbing to the enormousness of the sound. It’s primal and majestic, and witnessing this incredibly moving!

The set plays distortion, explosion and force versus gentle string plucking, silence and fragility. Because this performance is obviously a matter of life and death. There is a recipe in their songs that creates medicine for people! They have been craving to see this band, as they always do. It’s the third time I see them. Everything inside of me hurts, and it feels fantastic.

With his back to the audience, vocalist Colin H. van Eeckhout saves his secrets for his own demons, making them all the more interesting to the world. A public practice of intimacy. I love how he is not only breaking the codes of what a singer “is supposed to do” on stage, but that this performance makes me focus more on my feelings than on being visually entertained.

It gives everyone the opportunity to melt into one big collective pot of humanity. Eeckhout is all pain and mourning. When he’s not throwing his torso upwards and downwards, he’s moving in torture, as if fighting against waves of darkness trying to drown him, grabbing them and flinging them back to where they came from.

FR
Amenra fait monter le suspense en se faisant légèrement attendre. Lorsque des chœurs délicats et des cordes dissonantes commencent à se faufiler entre les spectateurs d’une salle pleine à craquer, les conversations s’éteignent peu à peu. L’atmosphère change : le Trianon se transforme en cathédrale, tandis qu’un froid glacial nous enveloppe lentement. Puis vient la déflagration. Lumière, son, énergie. Amenra vous saisit l’esprit et vous l’envoie violemment contre un mur. À perte de vue, le public semble immédiatement vibrer à l’unisson avec le groupe. Les têtes et les corps s’inclinent dans un même mouvement, comme soumis à l’immensité du son. C’est primitif, majestueux et profondément bouleversant à observer.

Le concert joue constamment sur les contrastes : distorsion, explosions sonores et puissance brute face à la délicatesse des cordes pincées, au silence et à la fragilité. Car ici, tout semble être une question de vie ou de mort. La musique d’Amenra possède quelque chose de thérapeutique, comme un remède dont le public aurait désespérément besoin. Et cette attente, cette soif de retrouver le groupe, est palpable. C’est la troisième fois que je les vois. Tout me fait mal à l’intérieur, et pourtant, qu’est-ce que ça fait du bien !

Dos au public, le chanteur Colin H. van Eeckhout garde ses secrets pour ses propres démons, ce qui ne fait que renforcer la fascination qu’il exerce. Une intimité exposée aux yeux de tous. J’aime cette manière de bousculer les codes de ce qu’un chanteur est censé faire sur scène. Plutôt que de chercher à captiver les regards, il nous pousse à nous concentrer sur nos propres émotions. Une invitation à nous fondre dans une même humanité, à ne faire qu’un.

Eeckhout incarne la douleur et le deuil. Lorsqu’il ne projette pas violemment son buste de haut en bas, son corps semble se tordre sous la souffrance, comme s’il luttait contre des vagues de ténèbres prêtes à l’engloutir. Il les agrippe, leur résiste et les rejette avec rage d’où elles viennent.

EN
The darkness in this venue also works like a comfortable blanket, and so the fans tolerate even less disturbance than a German neighbour on a Sunday: someone in the back is laughing in a quiet moment and is immediately shushed into shame by their surrounding circle.

Because those moments are precious! Songs like “Plus Près De Toi” need that tension amidst the rumble, that breathing silence leaving little air for the mesmerised audience.

Amenra’s catharsis has many forms. “A Solitary Reign” opens the clouds with clean vocals and guitar trills to let in some sunlight. It’s a bittersweet way to wring people’s insides. Or perhaps just mine. The guitar strums from the iconic “Am Kreuz”, a time bomb that can put everyone’s heartbeat in perfect synch before tearing that life muscle apart, make people stir and wake up just long enough to cheer.

The way the band ends perfectly tightly on the last stop of “Diaken” is masterful and the following applause a thunderstorm.

Of gratitude.

Of salvation.

FR
L’obscurité qui enveloppe la salle agit comme une couverture réconfortante, et le public tolère encore moins les perturbations qu’un voisin tatillon un dimanche matin. Au fond de la salle, quelqu’un ose rire pendant un passage calme et se fait immédiatement rappeler à l’ordre à coups de « chut ! » réprobateurs.

Parce que ces instants sont précieux ! Des morceaux comme « Plus Près De Toi » ont besoin de cette tension au milieu du grondement, de ces silences suspendus qui laissent à peine respirer un public complètement hypnotisé.

La catharsis d’Amenra prend bien des formes. « A Solitary Reign » déchire les nuages avec son chant clair et ses guitares cristallines, laissant filtrer quelques rayons de soleil. Une douceur amère qui vous retourne les tripes. Ou peut-être seulement les miennes. Puis viennent les accords de l’emblématique « Am Kreuz », véritable bombe à retardement capable de synchroniser les battements de tous les cœurs avant de les mettre en pièces. Le public semble alors sortir brièvement de sa transe, juste assez longtemps pour laisser éclater quelques acclamations.

La précision avec laquelle le groupe conclut « Diaken », dans un dernier arrêt parfaitement synchronisé, relève de la maîtrise absolue. Les applaudissements qui suivent éclatent comme un coup de tonnerre. Un tonnerre de gratitude. De délivrance.

EN
As the lights come back and people slowly make their way out of the hall, there is a sense of peace in the air, of purification. I see several pairs of people entwined in tight hugs, sharing overwhelming emotions or the relief of Amenra having lifted those they had come with off them.

That is the magick of this band: Pain erasing pain and reminding us of the beauty of being alive.

FR
Lorsque les lumières se rallument et que les spectateurs quittent lentement la salle, une étrange sérénité flotte dans l’air. Comme une sensation de purification. Autour de moi, plusieurs personnes s’enlacent longuement, partageant des émotions trop fortes pour être exprimées autrement, ou simplement le soulagement d’avoir laissé Amenra les libérer, le temps d’un concert, du poids qu’elles portaient en arrivant.

Voilà toute la magie de ce groupe : une douleur qui en efface une autre et qui, au milieu des ténèbres, nous rappelle à quel point être en vie peut être beau.

Article and Photos by Eva

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